Margarita Louis-Dreyfus : La “tsarine” de MarseilleActionnaire majoritaire de l’OM et véritable patronne du club depuis le décès de son mari, Robert Louis-Dreyfus, en 2009, la mystérieuse Russe détonne dans le milieu du football. Elle a su pourtant s’imposer.
Margarita Bogdanova a rencontré Robert Louis-Dreyfus en 1989 lors d’un vol reliant Zurich à Londres. Le futur président de l’Olympique de Marseille, alors directeur de l’agence de publicité Saatchi & Saatchi, a eu le coup de foudre en apercevant celle qui deviendra, quatre ans plus tard, sa femme. « Robert m’a abordée en me montrant les photos de son chien. Trop mignon. J’ai répondu : “Il faut absolument que je le voie en vrai !” » se souvient Margarita Louis-Dreyfus, interrogée en mars 2010 par le magazine Capital. L’histoire ne dit pas si l’avion survolait Paris au moment du premier regard. Probablement non, car c’est à Marseille, le club rival, que l’incroyable destin de Margarita s’est écrit.
Une nouvelle page s’est tournée jeudi. La Russe n’a pas fait dans le sentiment pour renvoyer le président du club, Jean-Claude Dassier. Elle lui reprochait de ne pas avoir prolongé dès janvier
Didier Deschamps, l’entraîneur, ainsi que des résultats financiers déficitaires, une perte de 24 millions d’euros depuis juin 2009. Margarita Louis-Dreyfus n’appréciait guère Dassier, qu’elle trouvait trop grossier et mal taillé pour un tel costume. En nommant à sa place Vincent Labrune, un ami très proche de son défunt mari, elle pense faire le bon choix.
Le 4 juillet 2009, à la mort de Robert, Labrune l’avait convaincue de reprendre les rênes du club et de poursuivre le travail de son époux, fondu de football. Margarita vit les choses avec plus de recul même si, nous assure le promoteur et ami de la famille Michel Acariès, « il lui arrive de regarder des matches de Ligue des champions ». Celle que les supporteurs surnomment la « tsarine » s’intéresse au football d’abord pour ses enfants, Eric, l’aîné, et les jumeaux Kirill et Maurice. « Ils ont la même passion que leur père pour le foot et pour l’OM », confie-t-elle. Bien entourée et conseillée, Margarita a appris à se familiariser avec les codes du milieu. A l’automne 2009, alors que Marseille est distancé par Bordeaux en championnat, elle rend visite aux joueurs dans le vestiaire. Opération remobilisation des troupes. Six mois plus tard, ils seront champions de France.
Acariès : « Elle a eu beaucoup de courage »
Michel Acariès ne garde pas de souvenir précis de sa première rencontre avec elle. Mais il lui reconnaît « beaucoup de courage d’avoir repris le flambeau de son mari et de ses affaires ». Robert Louis-Dreyfus, classé 77e fortune de Suisse en 2009, possédait des biens évalués à 1,15 milliard d’euros. Sous son égide, l’OM n’a jamais été champion. Margarita : « Avant de partir, il m’avait demandé de prendre la suite. Je me dois d’être à la hauteur. » « Et elle l’a été », assure Acariès. Propriétaire de la holding Eric Soccer, contrôlant le club phocéen, elle est à la tête d’une multinationale de 40.000 employés pesant 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Malgré l’argent, Margarita demeure une femme discrète, qui s’épanche rarement. Son âge ? Entre 41 et 44 ans. Née à Saint-Pétersbourg, elle fut recueillie à 6 ans par son grand-père, ingénieur en chimie dans une entreprise d’Etat, après le divorce de ses parents. Tout juste majeure, elle a quitté son pays pour s’installer en Suisse et gagner sa vie dans une société d’import-export, avant de rencontrer Robert Louis-Dreyfus. On sait également qu’elle parle cinq langues – le russe, le français, l’italien, l’anglais et l’allemand – et qu’elle lit beaucoup. Du Mikhaïl Boulgakov, notamment, célèbre auteur du… Maître et Marguerite. Un titre qui sonne, à la lecture de l’histoire récente de l’OM, comme une prémonition.
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